Cette période de confinement a été vécue par chacun de manière différente :

- solidarité(s) - isolement - blessure(s) - redécouverte d'aspects de vie - vie de prière différente -

- vie de famille - changement des relations -

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Témoignage d'une chrétienne du diocèse

 

TEMOIGNAGE… ET COUP DE GUEULE

En septembre 2019, maman a fêté ses 92 ans mais elle a aussi fait un infarctus massif. Espérance de vie promise 8 jours… trois mois… six mois… En fratrie, nous prévoyons l’organisation des ses obsèques qui lui permettront de retrouver la terre où repose mon père à 300 km de sa résidence actuelle.

Mais voilà, « la bête est entré dans la demeure » ! Résidente en EHPAD, les visites se réduisent, puis sont interdites, puis le confinement est total en chambre. Malgré le téléphone, les coucous au balcon, Maman s’ennuie… Elle va mourir d’ennui.

Le virus touche résidents et personnel. Chaque jour, les médias nous donnent le compte des malades et des morts.

Un matin, Maman nous dit d’une voix claire et combattante : « je l’ai mais ce n’est pas grave ». L’EHPAD nous confirme : « elle est bien mais tout peut basculer d’un seul coup ». Effectivement, ce n’est pas grave pendant trois jours et en quelques heures, elle s’éteint dans son sommeil. Deux de ses enfants sont autorisés à la voir rapidement sous les regards désolés, empreints de compassion et d’impuissance du personnel. Les banderoles de dessins d’enfants, la musique un peu forte d’une radio n’effacent pas la tension et le poids de la chappe de plomb palpables dans le couloir de la résidence. « Elle n’a pas souffert ». « Vous saviez que rien ne serait tenté ». Il nous faut accepter qu’elle fasse partie des victimes des « assassinats collectifs » perpétrés par l’irresponsabilité, les incompétences gouvernementales, économiques, scientifiques, administratives (sauf quelques-uns que l’on continue de ne pas écouter). Situation que subit également tout le personnel admirable des EHPAD. La dispersion géographique de la fratrie, l’interdiction de se rassembler, les conditions du déroulement des obsèques alourdissent la peine de chacun. Si la mort par insuffisance cardiaque était attendue, il y a au fond de nous, et chez d’innombrables familles, une incapacité, une souffrance à accepter celle d’aujourd’hui. La consolation par l’amitié, l’affection, la foi n’empêcheront pas pour beaucoup une colère intérieure destructrice d’une stabilité morale et psychologique.

Hier, aujourd’hui, nous sacrifions « nos vieux », demain, ne sacrifions pas les enfants. Ne leur mettons pas sur le dos une bombe à retardement en les exploitant comme transmetteurs du virus, puisqu’eux-mêmes ne sont paraît-il pas ou peu malades -en sommes-nous si sûrs pour demain ? Non au retour à l’école en cette fin d’année scolaire ! Oui, il faut tenir une vie économique mais à quel prix et dans quelle branche ? Un article du journal local invite à investir dans l’or, en période de crise, c’est une valeur refuge et sécuritaire. Appel aux investisseurs, sortez vos lingots, investissez dans la solidarité et l’humanité, soutenez les associations d’entraide, les PME, les artisans, les chômeurs, les familles en difficultés, les SDF, les migrants… Cela rapportera un monde juste et fraternel. Je ne peux acheter de lingot mais je peux perdre mon adhésion et ma cotisation d’activités et régler les spectacles réservés que je ne verrai pas pour sauver la MJCI de nos communes. Je peux régler une coupe de cheveux que je ne ferai pas à ma coiffeuse.

Ce sont les mots et le regard d’une blessure personnelle, familiale et sociale.

LM Le 27 avril 2020

Témoignage d'une chrétienne

de notre Espace missionnaire

 

Si tout va bien d’ici le 11 mai voilà que se termine une longue période de confinement que j’ai vécu comme une parenthèse, un moment hors du temps en quelque sorte, qui est venu me bousculer dans mon quotidien. En effet que de changements sont intervenus du jour au lendemain et ont mis fin à des habitudes bien ancrées. Ils ont eu lieu sur tous les plans, aussi bien professionnel, spirituel, personnel et relationnel. Il a donc fallu m’adapter et parfois avec certaines difficultés.

J’ai découvert le télétravail avec ses avantages et ses inconvénients. Il est souvent plus facile d’apporter des explications et de répondre aux questions en face à face. Néanmoins, les nouvelles technologies rendent possibles de belles choses. Elles m'ont permis de rester en contact avec un certain nombre de personnes personnellement et professionnellement grâce aux visioconférences et aux échanges de mails. C'est aussi grâce aux réseaux sociaux que j'ai pu continuer à nourrir ma foi en suivant les offices de la Semaine Sainte, les messes et les temps de prières proposés chaque soir par le Père Mickaël. Ce sont des moments de communion spirituelle qui ont beaucoup compté pour moi.

Cette période très particulière m'a également permis de me recentrer sur l'essentiel, d'apprendre à me poser, de garder du temps pour moi et de redécouvrir des activités que le rythme quotidien m'avait fait laisser de côté. Il faudra me souvenir de tout cela et en tirer des leçons pour les jours à venir.

Deux réflexions du Père Lucien Marguet

Communion dans la main…

  

Pendant de longues années les catholiques ont reçu l’hostie dans la bouche, convaincus que cette façon de recevoir le pain de vie de Jésus était la plus respectueuse, comme la Tradition l’y invitait. 

 

En s’appuyant sur le récit évangélique du dernier repas durant lequel Jésus a consacré du pain et du vin en demandant à ses disciples attablés de les recevoir comme son Corps et son sang et a dit : « Prenez et mangez, prenez et buvez », le concile Vatican II a ouvert la possibilité d’accueillir l’hostie dans la main. Certains catholiques, avec la volonté de respecter les rites auxquels ils étaient habitués, mais surtout conscients que la communion est un Don que l’on reçoit et non que l’on prend avec la main, ont continué à recevoir l’hostie dans la bouche et sur leur langue. 

 

Aujourd’hui en cette période de danger d’épidémie virale et de bouche masquée, il est demandé de recevoir Jésus dans la main. Je voudrais dans ce billet redire ce principe de base de notre vie morale et spirituelle qu’aucun membre ni organe ni partie de notre corps n’est méprisable ou indigne de toucher Jésus. Tout dépend de l’image que nous nous faisons de nos capacités et de nos aptitudes physiques, intellectuelles et morales, et déjà de la perception que nous avons de leur finalité bienfaisante. 

 

Puisqu’il s’agit ici des mains, dressons ensemble la liste, bien sûr non exhaustive, de ce qu’elles nous permettent dans le déroulement de notre existence. 

Ces mains habiles de l’architecte qui projette, de l’artisan qui réalise, de l’artiste qui peint, du potier qui façonne, du boulanger qui pétrit, de l’écrivain qui rédige… 

Les mains en connexion avec l’esprit et le cœur, expressions de l’âme ! 

Les mains de la maman prenant son bébé dans ses bras et caressant sa tête pour apaiser ses pleurs. 

Ces mains calleuses du manœuvre, habiles du chirurgien, agrippées de l’alpiniste, vigilantes du conducteur, prestigieuses du prestidigitateur. 

Ces mains liées en chaîne de solidarité pour relayer et entraider. 

Ces mains jointes pour supplier Dieu, celles grandes ouvertes pour accueillir Jésus amour, ces mains pour tracer sur soi le signe de croix. 

Ces mains du prêtre pour signifier le pardon du Père, pour offrir la pain et le vin que Jésus offre à tous. 

 

Il y a beaucoup d’autres circonstances qui permettent aux mains de se montrer utiles et d’exprimer les savoirs, la sagesse et la sainteté, autant de talents à développer pour honorer ce à quoi tout être humain est convié par sa vie. 

 

Je terminerai ce plaidoyer pour valoriser les mains humaines en faisant remarquer que celles de Jésus ont tellement guéri de blessés, béni d’enfants, partagé de nourriture, pardonné de pécheurs… Or ces mains de Jésus ont été clouées sur le bois de la croix et ont permis à Jésus de sauver toute l’Humanité. Recevons donc le pain de vie que nous offre Jésus dans le creux de notre main, car c’est lui qui se donne ainsi à nous par amour.

L’Église dans ces circonstances

de cette pandémie…

 

1) L’Église catholique, par ses prises de paroles et ses initiatives caritatives, son obéissance aux obligations sociales exigées par les pouvoirs publics, a montré qu’elle ne prétendait qu’à être levain dans la société, incarnée à la suite et à la façon de Jésus. Elle n’a pas fait bande à part. Les catholiques ont vécu ce que tout le monde a vécu.

 

2) Les plus « branchés » aux moyens de communication se sont vite adaptés à la situation de « manque et d’absence ». Habitués à être soutenus par une paroisse, un groupe de partage de vie et de Foi ou un groupe biblique, ces chrétiens se sont souvent organisés par eux-mêmes. En couple, en famille, dans le cadre d’un réseau d’amis, ils se sont relayés et reliés grâce à internet, le téléphone, des réflexions écrites partagées, des revues et des journaux. Ce soutien intellectuel, moral et spirituel, cultuel, a été de la plus grande importance même si tous les chrétiens n’en avaient pas tous également les moyens d’en bénéficier.

 

3) Il me semble que les chrétiens qui ont pris l’habitude d’ouvrir la Bible et d’y puiser des nourritures pour leur foi, leur Espérance, leur charité, ont eu cette chance de survie qu’ont les militaires partis en campagne munis de leur kit de survie. Mettons plus que jamais, entre toutes mains, la Bible universelle qui entre-tient tous les chrétiens… Continuons à leur donner les moyens de connaître, comprendre et partager les « contenus ».

 

4) Le temps de confinement a conduit les croyants à réfléchir, se recueillir, méditer, prier en eux-mêmes et par eux-mêmes. Même devant l’écran de télévision qui retransmet une messe, il y a plusieurs attitudes possibles. Avons-nous assez initié les chrétiens à la prière dans leur chambre, dans leur couple, leur foyer ? Ceux et celles qui ont appris à prier à partir de la vie et des évènements ont sans doute pu traverser cette interdiction de « culte public », y compris toutes les conditions réductrices face au cérémonial des obsèques.

 

5) Ce qui m’apparaît le plus important et doit susciter notre vigilance en pastorale, c’est de nous aider à considérer nos lieux et nos étapes de vie comme des occasions et des invitations à rencontrer Dieu présent par son Esprit. Cela demande de s’exercer souvent à cette lecture de foi de notre vie profane. Cette attitude spirituelle pourra enrichir nos assemblées de prière et nos démarches sacramentelles. Cette alliance entre l’humain et le divin, nous la recevons de « Jésus fils de Dieu et fils d’homme ». Nous avons cette vocation de conjoindre en nous cette double appartenance personnelle et ecclésiale.

 

6) Enfin, à la suite de Jésus dont le cheminement était « repéré » par ce qu’il accomplissait de bien et de bon pour les gens blessés et noués, notre Église est appelée à reproduire aujourd’hui ce que Jésus a pris l’initiative d’accomplir en son temps en son pays. Allez dire à Jean ce que vous voyez et entendez : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent, les pauvres entendent l’Évangile... » L’Église et les disciples de Jésus sont invités en permanence, avec force et conviction, à se montrer promoteurs de la santé physique et morale, alimentaire et sanitaire, du développement de toutes les facultés et capacités, qualités et talents, du bien-vivre ensemble, familial, social, international. Toutes les initiatives prises en ces domaines et les responsabilités assumées, politiques, économiques, culturelles sont aussi des moyens privilégiés de témoigner de l’Évangile de Jésus-Christ.

 

7) Baignant aussi dans la  culture de l’immédiateté et de la prévalence de l’actualité, de l’image en direct, les catholiques eux-mêmes peuvent parfois perdre la « mémoire de leur histoire » religieuse. Donner aux croyants de connaître le patrimoine culturel, rituel, théologique, artistique du christianisme semble aussi l’une des priorités que ce long temps de confinement a fait apparaître. Comme ces femmes invitées qui tenaient à la main des lampes remplies d’huile avaient plus de ressources pour attendre que celles qui n’avaient pas d’huile…

Le confinement

1er mars 2020, catéchumènes, accompagnateurs, parrains, marraines, avons rendez-vous avec l'équipe diocésaine du catéchuménat et Mgr Eric de MOULINS-BEAUFORT à Charleville pour vivre l'Appel décisif. Certains gestes barrières existent déjà : on se salue sans se toucher, on tousse dans notre coude. Un temps de rencontre en équipes et vient le moment de la messe. Je n'aurais pas pensé être aussi émue, je n’imaginais pas verser une larme et pourtant, ce moment d'engagement pour tous ces adultes est tellement fort… Je n'ose alors me projeter à la Veillée Pascale.

 

14 mars 2020, il ne peut plus y avoir de messe depuis la veille au soir. Nous allons vivre le 1er scrutin avec les catéchumènes que nous accompagnons depuis bientôt deux ans, à huis clos puisque notre archevêque nous y a autorisés.

Quel moment de partage, d'échanges ! Nous n’étions que cinq et nous avons vécu un magnifique moment très riche et très émouvant.

Nous nous donnons rendez-vous pour le 2ème scrutin le dimanche suivant.

 

St Patrick, 17 mars 2020, le monde du travail rejoint les enfants et les jeunes privés d'école, de copains.

Pour ma part, le confinement a commencé le 19 mars à midi.

A la demande de mon directeur, l'équipe doit se retrouver en télétravail. On se dit au revoir et à bientôt par mail ou au téléphone.

Je prends des sacs dans mon coffre de voiture et j'y mets mes classeurs, les dossiers, mes stylos, tout ce dont je pense avoir besoin pour ces quelques semaines à venir, sans oublier l'ordinateur portable professionnel qui m'est confié.

27 kms et je suis chez moi. J'y retrouve mon mari, ma fille aînée et son petit ami qui sont en chômage partiel ainsi que ma fille cadette qui n'a plus cours à l'IUT de Tourcoing.

Je m'effondre.

Je me sens rassurée au sein de mon cocon familial, protégée de l’extérieur et de ce danger qui rôde.

Mais en même temps, je suis stressée, angoissée, tendue : vais-je m'adapter au télétravail, n'ai-je rien oublié au bureau ? Comment allons-nous vivre ensemble à longueur de journée, nous qui avons tous tant d'occupations différentes habituellement ? Les filles quittent le nid la semaine depuis quelques années maintenant, pas de soirée avec les copains et les copines pour certains, pas de sport pour d'autres, pas de réunion, pas de messe, pas d’escapade mensuelle…

Allons-nous sortir indemnes de cette situation ?

Il faut commencer par installer un espace de travail qui pour ne pas empiéter sur l'espace familial.

On aménage la chambre d'amis pour que je m'y sente bien. Un petit coin tranquille où je sens déjà que je vais réussir à m'organiser et à travailler sereinement, du mieux possible, à distance.

Les jeunes sont plein d'entrain les premiers jours : séances de sport ensemble, préparation de gâteaux, que faut-il faire pour aider…

Rapidement, les habitudes se prennent : on prévoit les repas pour plusieurs jours pour éviter de sortir souvent faire les courses, les tâches se répartissent presque naturellement : certains cuisinent, mettent la table, font des lessives, repassent, d'autres suivent les cours en ligne et finalement font du baby-sitting pour une famille pour qui le télétravail est impossible, et d'autres regardent des séries, jouent en ligne ou ne font pas grand-chose.

Le temps paraît ralenti, nous avons du temps ou plutôt nous trouvons du temps dans nos agendas.

Nous avons pu de nouveau goûter aux jeux de sociétés, prendre le temps de se poser pour regarder un film ensemble, cuisiner ensemble… toutes ces petites choses qui semblent "compliquées" en temps ordinaire mais qui prennent tellement de sens quand on est confiné.

Le besoin d'isolement se fait vite ressentir pour certains, ce qui se comprend très bien.

Mais quand cet isolement devient systématique, il me pèse rapidement, il me tape sur les nerfs. Comme on vit sous le même toit, il vaut mieux essayer de temporiser pour éviter le conflit. Alors, nous, les plus âgés, on garde pour nous, on accepte.

Heureusement, depuis le tout début du confinement, grâce au père Mickaël, je peux vivre la messe tous les dimanches matin et vivre des temps de prières quotidiens. C'est mon moment à moi, ce moment où je n'ai pas la sensation d'être enfermée, c'est mon contact avec l'extérieur, avec les autres, ce moment où personne de la maison ne vient me déranger.

Quand ma fille cadette nous fait part d'une possibilité de faire du baby-sitting, je m'inquiète : est-il prudent qu'elle sorte, faut-il prendre ce risque ? Mais si j'étais à la place de cette famille qui ne peut avoir recours au télétravail, je serai heureuse que certains osent. Alors, la voilà partie pour de nombreuses semaines de service.

Le petit ami de ma fille, n'ayant pas l'habitude à la vie de famille, repart dans leur appartement pour continuer le confinement seul.

Vient le tour de ma fille aînée qui doit rejoindre l'entreprise mouzonnaise qui l'accueille pour son année d'apprentissage. La peur est là mais des entreprises ont besoin de personnel pour faire fonctionner l'économie.

Vivre la semaine sainte confinée a été un moment particulier entre frustration et plénitude.

Comment vivre cette semaine sainte pleinement ? Je décide de faire un diaporama de la semaine sainte avec des Playmobil.  Pour être en adéquation avec les textes bibliques, je lis, je relis les textes, je cherche et positionne tous les personnages, je prends de nombreuses photos… A travers cette étape, je m'imprègne des textes, ils me parlent, qui aurais-je été si j'avais vécu à cette époque ? Aurais-je suivi toutes ces personnes qui ont suivi, plein de haine, Jésus ? Aurais-je été une de ces femmes pleines de courage qui ont accompagné le Christ jusqu'à son dernier souffle ? Bizarrement, j'ai les paroles de la chanson de Jean-Jacques GOLDMAN "Né en 17 à Leidenstadt" qui résonne en moi. Sait-on jamais quelle personne nous sommes autrement que face à la situation ? Je ne crois pas.

Je vis donc cette semaine sainte avec une grande assiduité. En équipe de catéchuménat, nous échangeons nos joies, nos frustrations, nos questions et nous pensons aux baptêmes qui n'auront pas lieu au cours de la veillée pascale…

J'essaie de me dire qu'à toute peine correspond un bonheur et comme d'habitude, je me dis que le hasard n'existe pas. Il y a forcément une raison pour que tout cela arrive et les baptêmes n'en seront que plus forts !

Mardi 14 avril, c'est le temps de la reprise pour mon mari, et pour moi, c'est le temps pour deux  semaines de vacances. Vacances ? C'est bizarre les vacances où on ne peut pas sortir, où après une longue période de vivre ensemble, on se retrouve seule et l'esprit libre sans le travail. Il FAUT que je m'occupe ! Le ménage, ça occupe bien l'esprit et les journées quand on décide de le faire à fond. Mais au final, ces vacances ne sont pas reposantes, toujours dans le mouvement, je ne trouve pas la paix que je recherche. Bien au contraire, j'ai la sensation que ma foi est abîmée. Est-elle vraie ? Qui suis-je pour prétendre accompagner des adultes dans leur cheminement vers le baptême puisque je doute ? J'ai du mal à faire face à l'absence de mes parents, de mes amis et surtout de mes deux meilleurs amis. On essaie de garder contact le plus possible mais ça n'est pas la présence, on ne peut pas lire dans le regard de l'autre, on ne peut pas voir les joies ou les peines sans y mettre de mots qui ne sont pas toujours faciles à exprimer. Pourquoi Dieu permet-il tout cela, Lui qui est Amour ? Est-Il vraiment toujours présent à nos côtés ? Je doute, j'ai du mal à vivre les temps de prières de Mickaël, je ne m'y retrouve plus. Mais je m'accroche aux messes dominicales et les homélies me touchent. J'ai vraiment l'impression de faire partie d'une nouvelle communauté car tous les dimanches, je retrouve pour ainsi dire les mêmes personnes. Au début, on saluait le père Mickaël, puis au fur et à mesure des semaines, on se saluait tous, on échangeait la paix avec les personnes connues mais aussi avec les inconnues. Pour moi, ce fut vraiment une belle richesse dans cette période de privation de messe.

Aujourd'hui que nous sommes déconfinés, je fais même le rêve un peu fou de pouvoir rencontrer toutes les personnes de cette communauté de visu mais aurais-je la spontanéité d'oser les saluer et de me présenter ? Compte tenu de mon caractère "réservé", je ne suis pas sûre…

Heureusement, le télétravail reprend et mon esprit est occupé. Mais il me faut le déconfinement et les retrouvailles avec les personnes que j'aime pour estomper mes doutes.

Le déconfinement est aussi une période particulière. Je vis mal la distanciation sociale, je trouve qu'on perd en chaleur humaine, les masques cachent ce qu'il y a de plus beau sur chacun d'entre nous : le sourire. Je sais qu'il est important pour protéger les autres et se protéger soi mais il met une vraie distance dans les relations humaines.

En juin, Samuel vivra le baptême tant attendu. C'est un vrai besoin d'intégrer la grande famille des chrétiens pour lui. Quant à Sophie, elle préfère attendre la veillée pascale 2021 pour vivre plus chaleureusement cette étape de vie chrétienne sans distance et avec beaucoup de joie, de partage et de chaleur humaine. Je respecte leur décision respective et j'ai hâte de les accompagner dans cette démarche.

Samedi 30 mai , ce fut un plaisir de retrouver ma communauté paroissiale mais je n'ai pu m'empêcher d'avoir une très grosse pensée pour la communauté "virtuelle" que nous avons créée et une pensée encore plus grosse pour Mickaël qui m'a accompagnée par les offices, les temps de prières et son accompagnement personnel au cours de toutes ces semaines. Je suis heureuse qu'il ait enfin pu retrouver les offices entouré des personnes réelles.

 

Aujourd'hui, je peux affirmer que je ne suis pas sortie indemne de cette période.

Patricia

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